M comme...Madame Paillé et Mère Jacob - Challenge AZ 2015

Publié le par Juloz

comme...Madame PAILLE et Mère JACOB

Je vous présente Eléonore Alexandrine Victorine Elisa Françoise COUSTY, née le 26 mars 1838 à ST AVERTIN en Indre et Loire. Elle est la fille de François COUSTY (1805-1870), charpentier puis aubergiste, marié le 07 mai 1832 avec Jeanne PERRET (1806-1859), lingère de son état :

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C'est la petite soeur de mon trisaïeul Etienne Léon COUSTY, né le 4 mai 1835 à ST AVERTIN :

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Il fut d'abord charpentier comme son père, son surnom de Compagnon du Devoir était :"Tourangeau la Fierté du Devoir". On sait qu'il est passé à ST MAXIMIN LA STE BAUME dans le Var le 22 janvier 1858.
Il devient ensuite chef contrôleur aux Chemins de Fer d'Orléans :

Un François COUSTY nait avant eux le 10 juillet 1833 mais il meurt avant ses 4 ans le 19 avril 1837.
Victorine COUSTY (comme elle préfère qu'on l'appelle) se marie dans sa commune de naissance le 23 avril 1855 avec Pierre PAILLE, né le 18 décembre 1825 à MIRAMBEAU en Charente Inférieure (de nos jours Charente Maritime), membre des Compagnons Charpentiers, il a notamment été ouvrier-charpentier sur la ligne du chemin de fer d'Orléans à Bordeaux.


Signatures de Victorine COUSTY / PAILLE

Voici un extrait de mon arbre généalogique sur geneanet pour repérer un peu toutes ces personnes :

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Pourquoi aborder ici la tante de mon AAGM ?
Tout simplement parce que cette Madame PAILLE a repris, de 1867 à 1895, l'auberge des Compagnons de France située rue de la Serpe à Tours.
Cette auberge appartenait auparavant à "Mère Jacob", la doyenne des Mères du Tour de France, mère des Compagnons Boulangers du Devoir de 1820 à 1863.

 


Mère JACOB

Née Jeanne DESHAYE le 14 avril 1796 à NEUILLE LE LIERRE en Indre et Loire, ses parents habitaient un moulin à fouler le drap. A 16 ans, elle les quitta pour s'installer à Tours et perfectionner ses talents culinaires. Elle fit ses débuts chez un procureur impérial, M. DECAN, puis dans une famille anglaise et enfin à l'Hôtel du Croissant, située rue Chaude (actuelles Rue Gambetta et rue de la Préfeture) où elle resta 4 ans. Elle y rencontra monsieur JACOB, avec qui elle se maria en 1819, et s'installa définitivement rue de la Serpe où tous deux ouvrirent un cabaret.
Vers 1820, les boulangers Compagnons du Devoir, cherchant un local pour établir leur société, la cayenne de Tours fondée à Pâques 1812, acceptèrent la proposition de M. et Mme JACOB de s'installer chez eux.
Les jeunes Compagnons boulangers du Devoir y prennent leurs repas, y sont hébergés et s'y réunissent. Ils viennent également y chercher des adresses pour travailler dans les boulangeries de Tours et des environs, par l'intermédiaire du "rouleur" chargé de placer les arrivants chez des patrons.
Elle se fit connaître sur tout le tour de France comme une femme exceptionnelle et courageuse en toutes circonstances comme ce jour où des ouvriers, voulant en découdre avec les Compagnons, envahirent l'auberge, la saccageant, injuriant et blessant même la Mère JACOB qui voulu s'interposer et les faire déguerpir. Sa légende ne fit que commencer. Femme forte et dévouée, elle résista là où beaucoup à sa place auraient succombé.
Elle déclara un jour : "
Je me suis chargée d'une mission divine et sacrée, Je la remplirai fidèlement jusqu'au moment fatal, Où la mort seule viendra m'en arracher."

Le 24 septembre 1863, affaiblie par la maladie, et au terme de 43 ans de dévouement, elle s'éteint entourée de sa famille et de ses proches.
Avertis de son décès, les Compagnons boulangers tourangeaux lancèrent une souscription dans la France entière pour lui élever un monument funéraire deux ans plus tard. Un monument qu'on peut toujours voir au cimetière La Salle à Tours : 

Une plaque rappelle aussi son souvenir sur le mur de son ancienne auberge rue de la Serpe à Tours :

A côté de cette plaque, une autre y a été apposée :

Voici d'ailleurs le bâtiment où se situait l'auberge et qui est toujours un restaurant :

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Arbre généalogique extrait de l’ouvrage : « Des femmes en Touraine, vingt siècles d’histoires et de généalogies », édité par le Centre Généalogique de Touraine en 2000 (cliquez pour agrandir)

Arbre généalogique extrait de l’ouvrage : « Des femmes en Touraine, vingt siècles d’histoires et de généalogies », édité par le Centre Généalogique de Touraine en 2000 (cliquez pour agrandir)

Voici donc la confirmation qu'Eléonore "Victorine" PAILLE tenait l'hôtel du Grand Saint Joseph rue de la Serpe et fut Mère des compagnons passants charpentiers du Devoir en 1867, succédant à Mère JACOB !
Entretemps, de 1863 à 1867, l'auberge fut tenue par son fils Victor JACOB, comme le prouve ce recensement de 1866 à
Tours :

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J'ai pu retrouver la trace des PAILLE / PAILLET sur les recensements de 1866, 1872, 1876, 1881, 1891 et 1906 :

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Si vous avez des ancêtres qui ont été compagnons et qui auraient fait leur Tour de France, vous pourrez peut-être les retrouver sur le site du Musée du Compagnonnage de Tours :

 

C'est de cette façon que j'ai pu obtenir quelques infos sur mon AAAGP Etienne COUSTY :

Mais ma plus belle découverte fut celle-ci ! :

Une photo de Madame PAILLE / PAILLET alias Eléonore Alexandrine Victorine Elisa Françoise COUSTY !
Après une petite retouche, voici ce que cela donne :

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Et ce n'est pas fini !!!
Je retrouve même la belle-fille de Eléonore COUSTY, Marie Françoise BERGEON (1866-1941):

Regardez plus haut dans mon arbre généalogique : j'ai aussi une photo de Marie BERGEON !
En effet, j'avais pu contacter il y a quelques mois son arrière petite-fille qui m'a gentiment envoyé une photo du mariage de son grand-père le 28 avril 1923 à RICHELIEU (Indre et Loire) où Marie BERGEON était présente :

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Pour résumer :
- De 1820 à 1863, le 9, rue de la Serpe est occupé par les compagnons boulangers du Devoir et leur Mère, madame Jacob. 
- De 1867 à 1895, ce sont les compagnons charpentiers du Devoir et leur Mère, madame Paillet qui logent à cet endroit. Avant 1867, les compagnons charpentiers du Devoir étaient en dehors de la ville, à Saint-Cyr, sur la rive droite de la Loire ; seuls les compagnons charpentiers du Devoir de Liberté travaillaient dans la ville de Tours.
- Vers 1867, grâce à un nouveau concours de chefs-d'œuvre, ceux du Devoir reprennent la ville.
- Vers 1890, la ville de Tours est devenue libre à tous les Devoirs.
- Vers 1895, les compagnons charpentiers du Devoir doivent quitter le siège rue de la Serpe pour une auberge au 49, rue Colbert.

Eléonore "Victorine" "Madame PAILLE/PAILLET" COUSTY poussera son dernier soupir le 04 avril 1910 à Tours à l'âge de 72 ans :

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A demain pour la lettre "N" ! ;-)

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