H comme...Hors la loi, Episode II

Publié le par Juloz

H comme...Hors la loi, Episode II

Je voulais faire un petit bilan de mon Challenge AZ mais de nouveaux éléments sont venus tout chambouler !
En effet, grâce à un contact aux Archives Nationales de l'Outre Mer à Aix (ou ANOM) à Aix-en-Provence, j'ai reçu la semaine dernière de nouvelles informations concernant mon brigand et bagnard familial, le fameux Pierre LEBREJAL "dit Molinier" dont j'ai parlé en juin dernier => ici.

Premièrement, un élément capital permet de mieux comprend ce personnage complexe, décrit comme ceci (petit rappel) :

 

27 ans, tailleur sans fortune, lit bien et écrit imparfaitement. Ce condamné est très dangereux. Il a cherché à se procurer une évasion et ne reculera devant rien pour atteindre ce but. Malgré son infirmité, il est doué d'une force et d'une agilité surprenante. C'est un homme à surveiller de près.

On me demandait quelle était donc cette "infirmité". Je n'en savais fichtrement rien et je me suis longtemps posé la question...
Voici la réponse ! :

 

Oui, oui ! Vous lisez bien !
"Signes particuliers : AMPUTE DE LA JAMBE GAUCHE"

Tu parles d'une infirmité !
Un autre document, dont j'ai dû inverser les couleurs car en négatif, permet d'en savoir un tout petit peu plus sur lui :

 


 

"Signes particuliers : Amputé de la jambe gauche, une cicatrice à l'aîne gauche, une légère cicatrice au front."
J'essaye d'imaginer si sa jambe est amputée entièrement ou à moitié, mais sa cicatrice à l'aîne gauche permet de penser qu'il a perdu la totalité de sa jambe.
La question qui se pose maintenant est comment l'a-t-il perdue ???
S'agit-il d'un accident ou pour éviter la gangrène suite à une blessure mal soignée ?
L'homme fait 1m60 ! Il devait être une véritable terreur avec sa barbe et ses yeux gris/bleux perçants malgré son handicap !

 

Deuxièmement, on en sait un peu plus maintenant pour quoi il a été envoyé au bagne pour 20 ans.
Le premier extrait de ce nouveau document rappelle les faits précédents (dont j'avais parlé dans mon billet de blog) :

Voici la suite de l'histoire :
A l'âge vénérable de 85 ans, le 29 janvier 1856, s'éteint chez lui Jean PIRONNET, un cultivateur propriétaire aux Richardès, un petit hameau près de Lieutadès dans le Cantal.

Il laisse derrière lui sa femme Elisabeth JANZAC, 80 ans en 1856, sa fille Magdelaine PIRONNET, 40 ans, et son petit-fils Jean PIRONNET, 16 ans.
Les Richardès se situent à 3,6 km au sud de Lieutadès. Le hameau existe toujours, voici l'emplacement sur le cadastre napoléonien et une vue de nos jours grâce à Google Maps :

Ces quelques maisons perdues dans le Cantal ont certainement attiré sur place notre Molinier, cherchant un moyen pas très catholique de subvenir à ses besoins après ses 5 ans de prison à Aurillac. Profitant certainement de l'absence des deux femmes pour aller au marché de Lieutadès, tonton Pierrot s'introduit par effraction dans la maison pour y dérober un petit butin.
Seulement voilà, le bougre unijambiste va se faire arrêter (peut-être reconnu par le gamin de 16 ans resté à la ferme) et passer devant la cour d'assise de Saint Flour dont voici la condamnation :

Voici la retranscription :

"déclaré coupable d'avoir dans le courant du mois de mars 1857 [soit un an environ après le décès de pépé Pironnet, ndlr], à Richardès, commune de Lieutadès, volé au préjudice de la veuve Pironnet et de sa fille, une certaine somme d'argent, des bijoux en or et en argent et deux kilogrammes de sucre, à l'aide d'effraction extérieure et intérieure, dans un édifice, étant en état de récidive de la réclusion"

La Justice n'y allait pas par quatre chemins et imposait un jugement lourd pour de la récidive. On ne connait pas le montant de l'argent et des bijoux volés mais quand même...: 2 kgs de sucre ! Il faut se remettre dans le contexte de l'époque : le sucre avait une valeur qu'il a totalement perdu de nos jours (quoique...).
N'empêche ! 20 ans de travaux forcés au bagne ! Il partira de celui de Toulon, d'où il prendra un navire pour la Guyane.

 

Pour finir, un dernier document donne d'autres détails :


 

On y apprend que "la profession ou métier appris pendant la détention au bagne" était "fatigant".
Je pense qu'il devait effectivement être "fatigué" (!), mais il s'agit en fait de "la fatigue". On dit "travailler à la fatigue" ou "aller à la fatigue" pour un travail de force au bagne. L'ensemble des bagnards y est soumis
De la "Grande Fatigue", le condamné, après des preuves de bonne conduite, peut être admis à la "Petite Fatigue", c'est-à-dire à des travaux qui s'effectuent dans les parties couvertes du port, dans les magasins, à bord des bâtiments ou dans les ateliers.

Pour finir, il y a un détail que je n'avais pas sur les 15 jours de retranchement qu'il se prend en 1865 : j'avais l'info "mauvaises relations..." mais pas la suite qui est "...avec un autre condamné".
Ok, je vous laisse deviner...


Je commence à avoir de la peine pour Pierre car il a vécu une vie très chaotique même si ça devait être un type "patibulaire mais presque" comme disait Coluche : né hors mariage (ouille !), il se fait appeler Molinier, du nom de sa mère et non Lebréjal qui n'est peut-être pas son père biologique (d'où un problème psychologique ?).
Il n'est reconnu que 3 ans après sa naissance lors du mariage de ses parents, puis adolescent, il sombre certainement dans la délinquance et peut-être l'alcool.
Il perd une jambe, fait 5 ans de prison, puis est finalement envoyé au bagne en Guyane où il mourra, seul, à 44 ans, loin de sa famille...
...mais en avait-il une vraiment ?


Il ne me reste plus qu'à étudier en détail les minutes du procès aux archives départementales du Cantal à Aurillac, qui m'en apprendront certainement encore sur mon "hors la loi" préféré, mais ça, c'est pour l'Episode III
;-)

 

Publié dans Généalogie, Trouvaille

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Commenter cet article

Jeangé 26/08/2015 17:20

vie de chien ..... solitaire

Sandra 13/07/2015 13:30

Très bien écrit bravo pour le suspense! Il est né le même jour que mon frère en plus.. mais bon, ça on s'en fiche ^^:)

Juloz 13/07/2015 22:19

Merci Sandra ! Ne ratez pas l'épisode III, c'est pour bientôt !
;-)

chantal 08/07/2015 11:12

j'adore ce genre d'histoire moi aussi j'ai un relégable dans ma famille, mais le bagne de Cayenne venant de fermer il est allé a celui de l’île de Ré, mais votre Jean Valjean unijambiste est quand même héros malgré lui , ça met un peu de piment en généalogie

Juloz 08/07/2015 15:34

Merci Chantal !
;-)

Annemarie Brienne 06/07/2015 10:05

bravo vraiment
vous avez l'art et la manière de raconter et de nous faire vivre au plus prêt ce destin malheureux
pauvre Pierre