Edouard Sempé, Vice-consul de France à Veracruz / épisode #3

Publié le par Juloz

[Édouard SEMPÉ, 34 ans, est nommé le 1er août 1869 chancelier substitué à Veracruz au Mexique par le Département des Affaires Étrangères de Napoléon III. Il était auparavant agent consulaire à Jicaltepec, petite colonie française installée plus au nord depuis plusieurs dizaines d'années - Ceci est sa correspondance avec Ernest BURDEL, alors Consul de France basé à Mexico]

Vera Cruz, le 1er 7bre 1869

Monsieur,
Je viens de recevoir votre lettre du 25 août dernier et me suis empressé de remettre au destinataire le pli qu'elle contenait.
M. Itier prétend ne pas mériter les reproches que vous lui adressez sur son silence et ne s'explique pas comment ses lettres ne vous sont pas parvenues.
Les $10 dont vous faites mention ne lui ont pas été remises.
Le fait de ma prise de possession de la chancellerie n'a pas, du moins en apparence, amené de froideur entre m. Itier et moi, bien que sa manière d'agir à mon égard en cette occasion m'ait donné de sérieux motifs de mécontentement.
Comme vous le savez peut-être, l'emploi d'agent des Postes à Veracruz a de tout temps été occupé par le chancelier du Consulat. M. Lagarde, le dernier chancelier-substitué, officiellement nommé par le Ministère, était chargé de cette agence. M. Itier ayant, après la mort de m. Lagarde, rempli par intérim les fonctions de chancelier-substitué a, par suite de son entrée au Consulat, succédé à l'agent défunt, dans le service des Postes.
Quand, après avoir reçu de m. Itier la chancellerie ou Consulat de France, je lui ai réclamé la livraison des objets appartenant à l'agence des Postes, il m'a répondu qu'il était personnellement chargé de cette agence et qu'il la gardait....
J'ai trouvé le procédé peu courtois, je dirai même peu loyal, mais j'ai cru ne pas devoir entamer de discussion à cet égard et je me suis borné à adresser une réclamation au Directeur-général des Postes à Paris. Je n'espère pas recevoir de réponse avant le mois de 9bre.
Malgré ce casus-belli, les relations n'ont pas été suspendues entre m. Itier et moi et nous avons conservé l'un envers l'autre l'attitude de diplomates bien-élevés. Dans tous les cas, y eût-il de la froideur, je serais, je crois, un peu excusable et aurais plus de droit que mon ex-collègue, au bénéfice des circonstances atténuantes.
L'agence des Postes peut donner 50 piastres par mois au titulaire (pour moi, cette différence est importante).
Je vous remercie des renseignements que vous avez bien voulu me donner sur la position pécuniaire que fait aux chanceliers-substitués le département des Affaires Étrangères.
J'ai déjà pétitionné à cet égard et j'attends avec anxiété les résultats de ma démarche. Si elle ne réussit pas, je vais me trouver sérieusement embarrassé. Dans la dépêche m'annonçant ma nomination, M. de la Valette se borne à me donner avis que je recevrai un traitement de 4000 francs plus un supplément de 1500 francs.
Dites moi si avec de pareils émoluments, une famille saurait vivre à Veracruz d'une manière honorable ? Ma famille se compose de ma femme, trois enfants, ma belle-soeur, moi et 2 domestiques. Mon traitement mensuel n'arrive pas à cent piastres !! ...
Il me faudrait au moins 200 piastres par moi [sic] pour faire face aux frais ordinaires et de première nécessité.
En conscience, le Gouvernement est peu généreux à l'égard de ceux qui le servent.
Mon logement seul me coûte 40 piastres par moi [sic] et je suis fort loin d'être bien logé.
Si l'on ne me fait pas droit à ma réclamation, le produit de ma charge ne saurait suffire à mes besoins et j'en serai réduit à chercher autre part les moyens d'entretenir ma famille sur un pied décent.
Je vous demande pardon, Monsieur le Consul, de vous avoir ennuyé durant quatre pages et tenu sans pitié sur le chapitre peu intéressant de ma personne. J'ose toutefois compter sur votre indulgence, car cette question est pour moi une question vitale. Je vous remercie sincèrement de l'appui que vous m'offrez et si vous croyez pouvoir le faire, vous m'obligerez, en transmettant votre opinion au Ministère sur l'insuffisance de mon traitement actuel.
Veuillez agréer, Monsieur, l'assurance de ma considération la plus distinguée.

Édouard Sempé

P.S : Sainte-Rose n'est plus à mon service. Ses prétentions et ses goûts étaient un peu trop aristocratiques. Il ne voulait faire absolument que la cuisine et parlait de 35 piastres de salaire par mois.
Avec de telles prétentions, il n'avait pas trouvé son homme en tombant chez moi.

Source : Centre des Archives Diplomatiques de Nantes - Ministère des Affaires Étrangères / cote 432 PO/1/124

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