Edouard Sempé, Vice-consul de France à Veracruz / épisode #5

Publié le par Juloz

[Édouard SEMPÉ, 34 ans, est nommé le 1er août 1869 chancelier substitué à Veracruz au Mexique par le Département des Affaires Étrangères de Napoléon III. Il était auparavant agent consulaire à Jicaltepec, petite colonie française installée plus au nord depuis plusieurs dizaines d'années - Ceci est sa correspondance avec Ernest BURDEL, alors Consul de France basé à Mexico]

Vera Cruz, le 15 septembre 1869

Monsieur,
Un compatriote venant de Mexico m'a remis une lettre et une somme de dix piastres dont vous l'aviez chargé pour cette chancellerie.
J'ai remis à m. Itier la lettre contenue dans la mienne et je l'ai prévenu que j'avais ordre de lui rembourser les ports de lettres et affranchissements dont vous lui étiez redevable.
Je vous remercie de l'intérêt que vous portez au succès de mes démarches auprès du Ministre et je ne doute point que votre intervention ne soit pas pour ma cause d'un puissant secours. La campagne que j'ai entreprise est une de ces campagnes dont l'issue est rarement heureuse car solliciter une augmentation de traitement est presque toujours s'attirer le désagrément d'un refus. C'est pour ce motif que j'apprécie d'avantage le concours que vous avez bien voulu m'accorder.
Je savais déjà que le Département des Affaires Étrangères se trouve incompétent pour la nomination des agents appartenant au service des Postes, et que par conséquent, je serais mal fondé à réclamer au Ministère un emploi qu'il n'a pas le droit de m'accorder.
Je n'ai écrit au Ministre que pour lui faire part de la situation précaire qui m'est faite à Veracruz par l'insuffisance de mes appointements et solliciter une augmentation qui élève mes honoraires fixes à une somme de deux cents piastres par mois ; je lui ai donné connaissance dans la même dépêche que cette chancellerie ne jouit plus de l'emploi des Postes, cet emploi ayant été conservé par m. Itier, chancelier-substitué sortant.
Quant au Directeur-général des Postes, je ne lui ai point écrit en réclamant, mais en solliciteur.
Je sais fort bien que la Direction choisit ses agents dans les consulats, non point sous la pression d'une loi qui l'y oblige, mais parce que ce choix lui convient et qu'elle peut trouver dans les consulats de meilleures garanties morales et matérielles que partout ailleurs.
Aussi, je n'ai nullement contesté la légalité des prétentions de m. Itier à garder l'agence, aucun code, aucun règlement écrit ne l'oblige à s'en désaisir [sic]. Cependant, je suis convaincu d'une chose, c'est que m. Itier n'a été chargé de cette agence que par suite de son entrée provisoire au Consulat, et que le Directeur des Postes ignore très probablement qu'un nouveau fonctionnaire se trouve aujourd'hui en possession de la chancellerie.
Je suis convaincu enfin que le Directeur général ne songe nullement à retirer au Consulat de France à Veracruz un emploi qu'il exerce depuis plus de 15 ans et qu'il laisse l'agence à m. Itier, parce qu'il le suppose revêtu encore de titre de chancelier-substitué.
En un mot, le fait d'avoir gardé l'agence est un vilain tour que m'a joué m. Itier ; c'est du reste l'opinion de tous les français résidant à Veracruz qui ont eu connaissance de cet incident, mais laissons de côté cet ennuyeux chapitre, car mon insistance donnerait à croire que je cherche à vous faire épouser mon mécontentement contre mon ex-collègue ; ou, si je vous ai reparlé de cette question des Postes, je n'ai eu d'autre but que de justifier des plaintes que je crois légitimes et bien fondées.
Je vous prie de bien vouloir répondre à la question ci-après que je vous ai adressée dans ma dernière lettre. Ai-je droit au remboursement de mes frais de voyage, tant pour moi que pour ma famille ?
Veuillez agréer, Monsieur le Consul, l'expression de mon dévouement et de mes sentiments les plus distingués.
Édouard Sempé

Source : Centre des Archives Diplomatiques de Nantes - Ministère des Affaires Étrangères / cote 432 PO/1/124

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