J comme Jeune soldat de 46 ans - [Hommage à Eliaou Naouri]

Publié le par Juloz

Comme je l'ai annoncé dans mon billet de blog du 05 novembre pour ce Challenge AZ 2018, je consacre chaque lundi de ce mois à rendre hommage à chacun de mes 4 arrière grand-pères qui ont participé à la Grande Guerre.
Aujourd'hui, Éliaou NAOURI.
Grand-père paternel de ma mère, il est né le 26 décembre 1870 à Bône (de nos jours, Annaba) en Algérie française.
Né dans une famille "d’israélites indigènes", il est alors le premier à naître citoyen français : son frère, ses sœurs et ses parents le sont devenus quelques semaines auparavant grâce au décret Crémieux.

Fils de (A)Braham NAOURI, revendeur de blé, et de Rachel ATTAL, femme au foyer puis concierge d'immeuble, il est l'avant-avant dernier d'une fratrie de 9, dont deux (un garçon prénommé Éliaou et une fille, Aziza, des jumeaux) sont décédés quelques jours après leur naissance en 1866. Les parents ont donc donné de nouveau à leur garçon le même prénom que ce dernier fils disparu, comme c'était souvent l'usage à l'époque.

Grâce à sa fiche de registre matricule, on a quelques renseignements intéressants.
Signalement : 1m73, cheveux et sourcils noirs, yeux noirs, front étroit, nez moyen, bouche moyenne, menton rond et visage ovale.
Parmi mes 4 arrière grands-pères, il est le seul dont je n'ai malheureusement aucune photo...

Enregistré "bon" au Conseil de révision à ses 20 ans, il part comme ses frères pour le service militaire lorsqu'il a 21 ans le 09 novembre 1891
et est incorporé au 2ème Régiment de Zouaves.

Il n'y reste pas longtemps puisqu'il est mis en disponibilité de la réserve le 26 octobre 1892
Sa fiche de registre matricule nous apprend qu'il est cordonnier et qu'il a habité Alger (rue Littré) en 1894. Qu'est-il allé faire là-bas ? Mystère...
On sait avec cette même fiche qu'il en revient le 1er mars 1895 pour résider définitivement à Bône. 

Il accomplit une première période d'exercices dans le 3ème Bataillon de Zouaves du 23 septembre au 20 octobre 1895 et une seconde dans la 4ème Batterie du 11ème Bataillon d'Artillerie à Pied du 1er au 28 février 1900.
Entre temps, il noue une relation amoureuse avec une jeune femme de Bône nommée Zahra ATTALI vers fin août/début septembre 1895.
Comment le savons-nous ? Un enfant naît de cette liaison le 25 mai 1896.
Il a 25 ans, elle en a 33. Ils habitent rue de l'Arsenal. C'est lui qui le déclare à l'État Civil, il s'en reconnaît le père et l'appelle René.

Acte de naissance de René Naouri - ANOM

Mais le petit René meurt quelques semaines plus tard le 21 août 1896. C'est toujours Éliaou qui déclare le décès : 

Acte de décès de René Naouri - ANOM

On remarquera que sa signature est élaborée, fluide et compréhensible : il savait donc lire et écrire parfaitement.

Éliaou et Zahra se sont-ils quittés juste après ce décès ? Peut-être...
Tout ce que l'on sait, c'est que 4 ans plus tard, le 22 août 1900, il se marie avec Sultana GUEZ, mon arrière grand-mère (je lui ai consacré un billet lors du Challenge AZ en 2015)

Acte de mariage d'Éliaou Naouri et Sultana Guez - ANOM

Comme profession, il se dit cordonnier dans les actes d'Etat Civil mais, pour certainement augmenter ses revenus, il était aussi vendeur de poix chiches au cumin, préparés par son épouse (selon une de mes tantes).  
Comme ses parents, il aura lui aussi 9 enfants, dont mon grand-père.
En effectuant des recherches sur le site web des Archives Nationales de l'Outre-Mer (ANOM), on sait que Zahra ATTALI meurt le 03 juillet 1910 à Bône. Ce n'est pas Éliaou mais le frère de cette dernière qui déclare alors le décès.

Il est quand même rappelé sous les drapeaux lors de la Première Guerre Mondiale le 1er mai 1916 : il a alors 46 ans !
Dirigé d'abord au 11ème Bataillon Territorial de Zouaves, il est envoyé ensuite au 3ème Groupe d'Artillerie.
Après quelques mois, il est finalement réformé le 07 février 1917 pour "hémorroïdes, ulcères et hernie".
Resté en Algérie, il n'aura donc pas connu l'enfer des champs de bataille de la Marne ou de Verdun, ni les gaz, ni les tranchées boueuses bombardées sans relâche pendant plusieurs jours. Il a eu de la chance ? Peut-être, on peut le dire...

Je ne sais rien sur sa vie d'après. La mémoire familiale a été interrompue...

Je sais en revanche qu'il quitte notre monde le 30 août 1930 à Bône.
Une tante m'a précisé il y a quelques années qu'il est décédé d'une crise cardiaque.
Il avait 59 ans...

Publié dans ChallengeAZ

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