D comme Défenseur de la Paix- [Hommage à Emile Lozelli]

Publié le par Juloz

Ce Challenge AZ 2018 a pour thème " Hommage et Paix ".
Je rendrai hommage à ceux qui sont tombés mais aussi, chaque lundi de novembre, à mes 4 arrière grands-parents qui ont tous participé au conflit, à des degrés divers et avec plus ou moins de souffrances.
Vous avez déjà lu un texte de mon arrière grand-père Émile LOZELLI dans mon billet de samedi dernier ("C comme Camarades, souvenez-vous !" à lire ici).
Et bien aujourd'hui, commençons avec lui.


Émile Etienne Léon LOZELLI est né le 13 avril 1891 à Tours, fils d'Urbain LOZELLI, propriétaire d'un salon de coiffure, et de Léonie COUSTY.

Émile vers 1893 - Retouche et colorisation : travail personnel

Après avoir quitté l'école Primaire Supérieure, il est d'abord employé comme ouvrier-coiffeur dans le salon de son père au 40 rue de Sébastopol à Tours, puis dans d'autres maisons.
Engagé volontaire le 02 août 1912 pour 3 ans au 2ème Bataillon et à la 7ème Compagnie du 66ème Régiment d'Infanterie, il est un simple soldat de 2ème Classe.

Émile (assis, 2ème en partant de la droite) avec ses camarades du 66ème R.I au camp du Ruchard (Touraine) vers 1912-1913

Il passe 1ère Classe le 05 juillet 1913, puis Caporal le 09 octobre 1913. 
Il a le grade de sergent lorsque la guerre éclate le 03 août 1914.

Départ pour la guerre du 66ème R.I

Dès les premiers combats, son unité est en première ligne.
Le 11 novembre 1914 à Poelcappelle en Belgique, il est grièvement blessé au visage par une rafale de mitrailleuse allemande en portant sa section à l’assaut d’une tranchée lors de la bataille de l'Yser.

La croix bleue au premier plan (sur le petit talus) indique l'emplacement exact où il a été blessé (document original ayant appartenu à mon arrière grand-père)

A quelques centimètres près, il échappe de peu à une mort certaine et je ne serai alors pas là pour vous raconter cette histoire...

Son acte de courage lui vaut une citation à l'ordre de la Division, mais ses blessures sont impressionnantes :
- fracture des 2 maxillaires,
- amputation au 2/3 de la langue,
- perte de 14 dents,
- défiguration surtout marquée au début de la bouche


Il est alors transporté à l'hôpital le plus proche des opérations, l'hôpital mixte d'Abbeville (Somme).
Voici d'ailleurs le premier courrier militaire daté du 18 novembre 1918 (soit une semaine après sa blessure), envoyé à ses parents afin de les avertir de sa situation :

Un autre courrier militaire envoyé le lendemain est un peu plus rassurant :

"Plaie et fracture du maxillaire inférieur - État satisfaisant

Il est ensuite dirigé sur Paris à l'Hôpital des 3 Quartiers où il restera du 02 décembre 1914 au 20 mars 1915, puis à l'Hôpital Complémentaire du Panthéon du 20 mars au 28 avril 1915

Extrait du registre des entrées de l'hôpital des Trois Quartiers - Archives du SAMHA (Service des Archives Médicales Hospitalières des Armées)

 

Extrait du registre des entrées de l'hôpital Civil du Panthéon - Archives du SAMHA (Service des Archives Médicales Hospitalières des Armées)

=> Pour obtenir un dossier auprès du SAMHA, cliquez ici  

Émile pendant sa convalescence avec un Zouave et une infirmière vers 1915
Émile (tout en haut à gauche) à l'hôpital avec des camarades en 1915 - Colorisation par Histoire de Couleurs

=> Visitez le site Histoire de Couleurs

Ses médecins l'avaient informé qu'il ne pourrait jamais plus parler, car il ne lui restait qu'un petit bout de langue, mais il leur a prouvé le contraire et sa diction était presque parfaite après quelques années.
Cela ne l'a pas empêché d'avoir le reste de sa vie tout un tas de problèmes gastriques et de régurgitations chroniques, 
sans compter cette cicatrice sur le visage qui ne le quittera jamais...
Avec sa carte du combattant, il aura droit alors à des réductions "grâce" à son pourcentage d'invalidité :

C'est aussi dans la capitale qu'il rencontre alors sa future épouse, mon arrière grand-mère Alice PARRET (voir le billet que j'ai rédigé sur son premier époux le 1er novembre dernier).
Le 20 décembre 1915, il obtient aussi un nouvelle distinction militaire :
Citation à l'ordre de la division par le Général Lefèvre, Commandant de la 18ème Division, ordre général n°1731 : "Très brave, a été blessé grièvement le 10 novembre 1914, devant Langemark en portant la section à l'assaut d'une tranchée allemande." (il a bien été blessé le 11 et non le 10 - ndlr)

Il obtient aussi la Médaille Militaire qui lui vaut l'attribution de la Croix de Guerre avec palme avec citation, signée par Joffre lui-même: "Brave sous-officier. A toujours fait preuve de sang-froid et d'énergie."

Extrait original de la citation avec attribution de la Croix de Guerre avec palme

Officier du Mérite Combattant, Commandeur du Mérite Social, Officier d’Académie, Médaillé d’Honneur des Assurances Sociales, de la Mutualité et de la Société d’Encouragement au Bien en 1926, sa plus belle récompense fut celle de Chevalier de la Légion d’Honneur qu’il reçut le 1er mars 1934 à 42 ans.

Il y a quelques années, j'ai pu récupérer les décorations qu'il portait à sa boutonnière lors de grandes occasions.

Réformé en 1916, Émile entre au réseau Paris-Orléans, d’abord comme expéditionnaire en 1920, pour finir sa carrière à la SNCF comme contrôleur technique en 1950. Bon fonctionnaire mais aussi homme de devoir, il est nommé dès 1918 administrateur de l’Union Fédérale d’Indre et Loire des Blessés de la Face (UBFT), plus connue sous le nom des « Gueules Cassées », terme désignant tous les soldats blessés au visage, pour la plupart soignés à l’hôpital du Val de Grâce à Paris, appelé le « Service des baveux ».
Il sera très actif en Touraine, participant à de nombreuses réunions de l'A.M.G (Association des Mutilés de Guerre) en tant qu'administrateur, donnant des conseils concernant la nouvelle Loi Loucheur ou en organisant de magnifiques soirées de gala

Commission administrative de l'A.M.G lors de la XVIIIe AG à Tours le 31 mars 1935. Émile est debout, 4ème en partant de la gauche (source : Gallica-bnf)
Paix et Fraternité - Septembre 1934
Paix et Fraternité - Décembre 1928

Son ami et camarade à l'A.M.G d'Indre-et-Loire, l'artiste Ferdinand DUBREUIL, également son collègue de travail à la SNCF, le croquera de temps en temps dans le journal "Paix et Fraternité" comme d'autres membres

Grand partisan de la paix pendant l’entre-deux guerres, il assistera à de nombreuses conférences comme délégué de l'A.M.G dans le cadre de la Société des Nations (ou S.D.N, l'ancêtre de l'O.N.U) à Paris ou à Genève, et côtoiera notamment René Cassin

Dans "Paix et Fraternité" dès mars 1932, certains comme SIEKLUCKI voient Hitler et ses sbires avec la possibilité de déclencher une nouvelle guerre mais, peut-être parce que trop idéalistes, ils n'osent pas y croire :


Tous ces efforts pour la paix seront vains puisque la 2ème Guerre Mondiale éclatera le 1er septembre 1939, avec son cortège de malheurs et de tragédies (lisez mon billet de blog sur ma famille qui a péri pendant les bombardements alliés sur Tours)...
Promu Officier de la Légion d'Honneur le 26 novembre 1946, il reçoit sa décoration le 19 janvier 1947 :

Émile recevant sa décoration des mains de ses camarades Gueules Cassées dans les salons de hôtel Duviella à Tours
Article de La Nouvelle République daté du 20 janvier 1947

A la retraite en juillet 1950, Émile profitera de plusieurs moments de détente en couple ou avec ses enfants, ses petits-enfants et ses arrière petits-enfants., entrecoupés de problèmes de santé suite à ses blessures de guerre qui ne l'auront jamais quitté.
Il s'éteint à Tours le 09 mars 1975, 2 mois seulement après le décès brutal de son épouse adorée...

Voilà pour ce portrait (un peu long, j'en suis désolé !) mais Émile est celui dont j'ai récupéré le plus de documents sur son passé militaire, et, avec une vie si active après la guerre, il me fallait bien vous faire un petit condensé pour vous raconter tout ça !
Lundi prochain, je rendrai hommage à un autre de mes arrière grands-pères : Éliaou NAOURI
;-)

N.B : billet de blog reprenant quelques informations que j'avais déjà rédigées pour le Challenge AZ 2015 dans un billet sur les Gueules Cassées à retrouver ici 

Publié dans ChallengeAZ

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G
Quelle vie ! quel courage de s'engager pour la paix après les horreurs qu'il a du voir ! très touchant cet hommage (et pas si long que cela !).
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J
C'est vrai. Je ne veux même pas savoir quel était son état d'esprit quand la Seconde Guerre Mondiale a été déclenchée. Ça a dû être extrêmement difficile de voir tous ses espoirs s'évanouir...
S
Magnifique portrait de ton arrière-grand-père ! Ton article n'est pas trop long, je te rassure, tant son parcours est passionnant !<br /> Malgré ses blessures, il n'a eut de cesse de se souvenir et de se battre pour la paix. Merci de nous avoir fait partager son histoire.
Répondre
J
Merci pour ton commentaire (qui me rassure sur la longueur de mon billet !). <br /> Je n'ai évidemment pas tout raconté mais j'ai essayé de rester dans le thème que je me suis imposé